Dernier discours de Stéphane Rossini… comme Président du Conseil national

12118970_976140025784641_2180304260041825626_nStéphane Rossini a prononcé son dernier discours comme Président du Conseil national et conseiller national lors du Congrès ordinaire du Parti Socialiste du Valais romand, le 28 novembre 2015 à Vercorin. Reconnaissants pour son engagement et fiers de son action politique, les près de 140 participants ont honoré Stéphane Rossini d’une « standing ovation »

Source: http://www.stephanerossini.ch – 29 novembre 2015

Valeurs et convictions pour un engagement dans la durée

La politique est un éternel recommencement, une histoire et un engagement, à la fois sans fin et en permanent renouveau. Les temps et les têtes changent, mais les problèmes et les enjeux sociétaux demeurent. C’est pourquoi, nos valeurs sont le ciment et les leviers incontournables pour appréhender l’avenir de la société et les orientations de nos actions politiques.

Pour préparer ce dernier discours d’élu fédéral, je me suis replongé dans quelques articles et allocutions écrits depuis 1995, année de ma première candidature au Conseil national. Le constat est simple : rien n’est acquis et la lutte doit donc continuer ! Plus que jamais, notre action fait sens.

Ainsi… Les velléités de démantèlement social et la privatisation des services publics (maintenant c’est à la santé qu’on s’en prend et bientôt à l’école !) des partis bourgeois ; les slaloms du PDC ; la haine, la xénophobie, l’exclusion et les peurs distillées par l’UDC ; l’individualisme, l’ultralibéralisme et la sacro-sainte responsabilité individuelle des Libéraux-radicaux… Tout est à l’ordre du jour.

Seul changement, lié à l’essor des médias sociaux : l’individualisme devenu narcissique, qui ne manquera d’ailleurs pas de poser problème à notre société, à la manière de concevoir le Vivre ensemble et de débattre à l’aide d’une argumentation fondée et étayée et non seulement à coup de slogans réducteurs, catégoriques ou blessants livrés sur la toile, voire au fonctionnement de nos partis politiques.

Je cite, en 1999 : « Mon souci est grand, car le pire est à venir. Les biens lotis et les mieux formés auront leur part du gâteau : formation continue, salaires élevés, LPP bien garnie, avantages fiscaux par le 3ème pilier, accès à tous les soins, aux crèches. Les autres, bas revenus et classes moyennes, peineront à « nouer les deux bouts ». D’autant plus que la cohésion sociale, par le service public et la solidarité, est attaquée de tous bords. La santé, la formation, l’électricité, les télécommunications, La Poste, les transports, bientôt le gaz et l’eau sont au cœur des velléités.

Que restera-t-il de ces biens et services dont l’accès devrait être garanti à toutes et tous, sans distinction de domicile ou de condition sociale ? ». Pas une virgule à changer en 2015. Pire, ce sont des Ministres socialistes qui assument la mise en œuvre de la privatisation du système de santé !

Il y a onze ans, dans le Peuple valaisan, en décembre 2004 : « Les Chambres fédérales ont mis en exergue le développement de plusieurs Suisses (…) D’abord, celle qui entend dominer : la Suisse comptable, néolibéraliste, au dogmatisme économique dont le cynisme est affligeant. L’Etat y est ennemi, acteur nuisible. Les politiques publiques sont jetées aux orties. La responsabilité individuelle et la concurrence devraient résoudre les maux de la société. Les conséquences sur les inégalités, l’exclusion et la fragilisation de la cohésion sociale, cette droite UDC et radicale les ignorent. En réduisant à l’aveugle les budgets, elle se voile la face. La solidarité n’existe pas au-delà des mots ! (…) Ensuite sévit la Suisse du repli sur soi, représentée par l’UDC, parti qui, tantôt n’a de vision prospective que dans le rétroviseur d’une société qui n’existe plus, tantôt baigne dans la plus pure hypocrisie. Que d’aberrations et de propos fallacieux lorsqu’il faut se positionner par rapport à l’Europe (…) ». Ainsi va la politique. Tout reste toujours à faire, à entreprendre.

L’engagement politique s’inscrit dans les valeurs et les convictions, mais aussi et surtout dans la durée ! La résignation ne saurait être de mise. Oui, nous sommes globalement plus riches, en meilleure santé, mieux formés et mieux payés. Mais, l’injustice, l’illettrisme, la pauvreté et l’exclusion, les inégalités, la mauvaise répartition des richesses, la réduction d’accès aux prestations sociales ou à la formation, les politiques d’austérité et les réductions fiscales profitant aux nantis et affaiblissant les plus faibles restent pour beaucoup une réalité insoutenable. C’est cela que nous voulons changer.

Car, cette réalité heurte notre vision du monde et nos valeurs. Cette réalité fait que la population a besoin d’un engagement socialiste déterminé. Cette réalité renforce notre conviction qu’il faut faire davantage et surtout mieux dans l’élaboration des solidarités pour une société qui soit capable d’aider et d’intégrer, pour une économie qui contribue à une prospérité partagée, pour une politique environnementale qui appréhende les défis à long terme, pour une formation tout au long de la vie, pour la dignité des plus faibles. Cette réalité doit nourrir notre intelligence et notre capacité critique. Elle doit stimuler la mobilisation et provoquer une réaction de révolte positive, clairement assumée.

Car, nous n’osons plus ! Nous n’osons plus à la table du bistrot contrer la bêtise xénophobe, contrer l’égoïsme, contrer celles et ceux qui n’aspirent qu’à la défense de leurs intérêts particuliers et personnels, y compris dans les cercles d’élus. Nous n’osons plus rappeler pourquoi il y a une AVS, une LAMal, une assurance-chômage, une péréquation financière, une aide sociale ; pourquoi il faut un aménagement du territoire ou des conventions collectives ; pourquoi le travail rend malade et que les patrons veulent se soustraire à leur responsabilité sociale.

Nous n’osons plus rappeler pourquoi la Suisse, pays dépositaire des Conventions de Genève, a un rôle à jouer sur la scène internationale en faveur de la paix et doit accueillir des réfugiés de la guerre et de la violence ; pourquoi les étrangers sont au cœur de notre richesse et que sans eux, la Suisse ne fonctionnerait tout simplement pas, sans oublier de dire qu’ils paient notre AVS. Nous n’osons tout simplement plus dire « je suis socialiste » et « il vaut la peine d’être socialiste ».

L’heure est au sursaut et à l’engagement. Après la défaite des fédérales 2015, nous allons apporter la preuve aux communales 2016 et aux cantonales 2017 que notre projet de société et notre vision du monde font sens. Il faut un nouvel élan vers une société meilleure, vers la reconquête de notre électorat, vers le gain de nouveaux sièges, vers une nouvelle génération de politiciennes et de politiciens de gauche qui, grâce à l’aide des plus aguerris, saura porter cette noble ambition de justice sociale et d’ouverture.

Enfin, dans un canton où on exclut la gauche des responsabilités, même là où nous avons un bout de pouvoir et où nous pourrions intégrer les gens de gauche au pouvoir, ce qui est pour le moins paradoxal et rageant ! ; dans un canton où on perd encore son travail parce qu’on est socialiste, il est difficile pour nous de démontrer que nous sommes compétents et crédibles. Nous n’avons dès lors d’autre choix que de porter le combat sur la scène de l’action politique. Nous le ferons avec détermination et conviction. Il faudra donc encore compter avec le PS, même en ces terres hostiles et trop conservatrices !

Merci très sincèrement pour votre soutien sans faille au cours de toutes ces années. Merci de votre engagement. La lutte continue.

Stéphane Rossini
Président du Conseil national