Crans-Montana: «Cité de l’énergie»… jusqu’à quand?

Source: Yves Duc et Philippe Frossard – PSCM – 25 mars 2018  Illustration: domotique-77.blogspot.com

Le label « Cité de l’énergie » prouve que les communes mènent activement une politique énergétique durable, une mobilité supportable pour l’environnement et une gestion durable des ressources. L’ACCM se l’est vue décerné en 2008 et renouvelé périodiquement. Il serait regrettable qu’il soit mis en cause du fait de l’enlisement de certains dossiers (Aqualoisirs, Ycoor). Tel que conçu et mis à l’enquête, le projet de chauffage à distance (CAD) participe aussi de cette débâcle probable.

Les éléments critiques

La mise à l’enquête du projet de chaufferie à la Moubra a provoqué un nombre très important d’oppositions qu’il sera difficile de traiter à satisfaction. A cet égard, il faut tout d’abord relever qu’il prévoit bien 2 chaudières à plaquettes de bois déchiqueté de 2.4 MW unitaire, mais également 2 chaudières à gaz de 3MW unitaire qui nécessiteront un considérable apport de gaz naturel ! Quant à elles, les chaudières à bois nécessiteront annuellement un volume de 25’000 à 30’000 m3 de bois.

Or, seuls 10’000 m3 proviendront des triages forestiers de notre région. De ce fait, les 15 à 20’000 m3 de bois restant (max. 25’000 m3 selon mise à l’enquête) ne provoqueront pas que des nuisances sur la route de la Moubra. Ils seront inévitablement acheminés de façon durable par camion à travers nos villages. Très incommodés, ces derniers subiront, pendant la période d’exploitation de la chaufferie, de très fréquents transports quotidiens ! Cela va à l’encontre des recommandations du label « Cité de l’énergie » dans le domaine de la mobilité.

Il faut en outre préciser que le projet de CAD est très lié à la réalisation plus qu’aléatoire d’Aqualoisirs. Ajoutons à cela que plus la distance est grande entre la production de chaleur et les raccordements aux habitations, plus il y a de déperdition d’énergie. Enfin, comme le projet est à la traîne, les raccordements deviennent aléatoires, car les propriétaires n’attendent pas pour renouveler leur source de chaleur autrement. Toutes ces considérations mettent ainsi directement en cause la viabilité économique du projet.

Nos propositions 

L’installation industrielle de chauffe, mise à l’enquête à la Moubra, n’est malheureusement plus adaptée aux critères découlant de l’évolution technologique de ces dernières années et du contexte actuel. Surdimensionnée en l’état du projet, elle devrait à notre avis être remplacée par des mini centrales réparties sur le territoire communal. La centrale à gaz installée au centre scolaire pourrait être l’une des sources d’alimentation des bâtiments qui se trouvent dans la zone déjà équipée et qui souhaiteraient s‘y raccorder. Envisager une mini centrale à gaz ou à bois au fond de l’Avenue de la Gare (immeuble communal ou « friche Pellicioli ») pourrait en outre compléter celle du centre scolaire. 

Ainsi la proposition faite, lors de l’assemblée primaire du 12 décembre 2017 par le conseil communal, de terminer les travaux d’enfouissements des conduites au centre de Montana (rues Théodore Stéphani, Centrale, Louis Antille et Avenue de la Gare) redeviendrait acceptable malgré l’abandon du projet de chaufferie à la Moubra. Celle-ci, redimensionnée à la baisse (éco-quartier), ne devrait pas voir le jour, tant que des raccordements au CAD ne peuvent être envisagés à un coût acceptable.

Reprendre la maîtrise du dossier énergétique

La transition énergétique se développe constamment et emprunte de nouveaux chemins. Tout en déléguant des mandats de réalisation opérationnelle à CMEnergie, nous préconisons que le Conseil municipal reprenne la main sur le développement d’un concept et d’une stratégie énergétique… Sans oublier non plus les villages et en les intégrant dans un ensemble cohérent ! En s’inspirant aussi de projets et de réalisations récentes.

Ainsi, en octobre 2017, la commune de St-Martin a proposé à ses citoyens l’acquisition groupée de panneaux solaires avec la possibilité de revendre le surplus de production à son voisin. Autre modèle décidé au début de cette année par les SI de Fully et de Monthey: les propriétaires de panneaux solaires pourront transférer le surplus d’électricité à leur distributeur et le récupérer gratuitement quand ils en ont besoin. 

D’autre part, les assises européennes de l’énergie qui viennent de se dérouler à Genève ont démontré notamment qu’une grande part de l’efficacité énergétique passe par l’encouragement de l’assainissement du parc immobilier existant. Les travaux de rénovation portant sur l’isolation réduisent la facture énergétique d’un bien immobilier jusqu’à 50 % selon les cas. Et pourquoi pas exiger les dernières normes pour la construction de nouveaux bâtiments privés, qui intégreraient l’ensemble des nouvelles technologies en matière d’optimisation d’énergie conduisant à une quasi autonomie énergétique ? La construction ou la réfection des bâtiments offrirait alors des retombées financières substantielles pour les entreprises de la région.

La production de la glace, nécessaire à la patinoire et au curling du Centre d’Ycoor, génère par ailleurs une grande quantité de chaleur. A ce jour, celle-ci n’est pas valorisée mais simplement déversée dans l’Etang Grenon qui ne peut malheureusement plus être utilisé comme place d’accueil de manifestations hivernales car la glace n’y est plus assez résistante. 

Compléter les sources de chaleur précitées par des bouquets énergétiques (pompes à chaleur, cellules photovoltaïques hybrides, récupération de la chaleur des eaux usées, biogaz…) devrait également être intégrés dans les projets futurs. Face à l’épuisement des ressources, à l’accroissement des pollutions et au réchauffement climatique, entreprises et collectivité doivent inventer un nouveau modèle de croissance moins gaspilleur et plus durable. 

Nous sommes convaincus que la Commune de Crans-Montana peut anticiper l’avenir en progressant vers une indépendance énergétique limitant son impact sur l’environnement. Elle doit continuer de relever le défi du label       « Cité de l’énergie » par une consommation basse en carbone, par une production décentralisée et une efficience améliorée grâce à la domotique.

Crans-Montana, le 25 mars 2018

Personnes de contact :

  • Yves Duc (questions techniques) : tél. + 41 79 435 22 22 
  • Philippe Frossard (aspects politiques) : tél. + 41 76 327 71 08